Il n’a que 33 ans et est déjà un des plus vieux experts au monde de philatélie chinoise. Français élevé entre l’Angleterre et la Suisse, Louis Mangin a découvert la Chine, à 18 ans. Un vrai coup de foudre…

Louis Mangin, CEO de Zurich Asia, maison de ventes aux enchères. Photo Enrique Pardo.

Louis Mangin, CEO de Zurich Asia, maison de ventes aux enchères. Photo Enrique Pardo.

Rencontrer Louis Mangin, c’est voyager à travers le temps et l’espace. Avocat de formation, il n’a que 29 ans quand il rachète une petite maison de ventes aux enchères à Hong-Kong : Zurich Asia. Quatre ans plus tard, il rayonne sur le marché de la philatélie chinoise et ses ventes, comme son catalogue, sont dignes de Christies. « Hong-Kong est l’endroit le plus facile au monde pour faire du business ; c’est tout le contraire de la France. Il y a très peu de procédures administratives, on ouvre un compte bancaire en cinq minutes et on se lance. Le problème est ensuite de percer et d’être reconnu dans son domaine. »

Avec ses faux airs de jeune aristocrate anglais, Louis Mangin surprend par son cursus atypique et sa réussite professionnelle précoce.

J’ai passé l’équivalent du Baccalauréat (le A level) en Angleterre et je suis parti faire un stage d’été à Hong Kong, en 1997. J’avais un oncle qui vendait des croissants là-bas, il avait des magasins qui marchaient bien. Dès que j’y ai mis les pieds, j’ai su que je voulais être entrepreneur en Asie, et en Chine. J’ai adoré la mentalité, c’est de là que date ma passion pour le chinois. Rapidement, je suis parti à Pékin pendant un an à l’université ; pour apprendre le chinois. Je passais mon temps avec des coréens et des japonais avec qui je communiquais en chinois. C’était une expérience incroyable. A l’époque, il y avait très peu d’européens dans les universités chinoises. J’avais 18 ans.

Louis Mangin est aussi diplômé du barreau de New York et d’un master en droit et politique chinoise en Angleterre.

« J’ai passé mon diplôme d’avocat à New York pour une raison simple : je savais que je voulais partir travailler à Hong Kong. Donc j’ai choisi New York car c’est un diplôme reconnu mondialement, contrairement au même diplôme passé en Europe. »

Aujourd’hui, Louis Mangin fait autorité sur un vieux marché : la vente de timbres de collection, dans le plus grand pays capitaliste au monde.

Quand je suis arrivé en Chine en 1998, j’y ai vu un énorme marché de timbres. Dans les trains entre Hong-Kong et Canton, il y a des femmes qui poussent des petits charriots pour vendre des boissons, des nouilles et des timbres ! A l’aéroport, les kiosques à journaux vendent des timbres sous leurs vitres. C’est un produit de masse, surtout depuis que la classe moyenne s’est développée et enrichie. On estime qu’il y a entre 50 et 60 Millions de collectionneurs de timbres en Chine.

Louis Mangin vit entre Genève et Hong-Kong. Photo Enrique Pardo.

Louis Mangin vit entre Genève et Hong-Kong. Photo Enrique Pardo.

Louis Mangin est un vrai passionné de la Chine et de ses timbres. Avant de se lancer à son compte, il achetait et vendait des centaines de timbres chinois sur E-bay en lisant des livres sur l’histoire de la Chine.

« On peut étudier toute l’histoire de la Chine à travers les timbres. Par exemple : le Mandchoukouo, dans les années 30, était la 1ère étape de l’invasion du Japon en Chine. C’était un « puppet » regime , un faux régime, comme le régime de Vichy en France, contrôlé par un pays extérieur (le Japon), mais il émettait des timbres. Après le départ des japonais, il y avait des coins de cette région contrôlés par les russes, qui émettaient eux aussi des timbres de leur côté. Ce territoire du nord est de la Chine (la Mandchourie) était très riche en matières premières, tout le monde voulait le contrôler : les nationalistes chinois, les communistes… Et pour asseoir leur autorité, chacun émettait ses timbres… Les lignes de front bougeaient inlassablement. A la semaine près, on peut presque suivre les lignes de guerre à travers l’émission des timbres. »

Avec son entreprise Zurich Asia, Louis Mangin réunit tous ses centres d’intérêts : l’Asie, le droit, l’histoire et le commerce. A l’âge de douze ans, après l’école, il revendait déjà des montres swatch aux spéculateurs italiens à Genève. Aujourd’hui, il négocie en mandarin avec de riches familles chinoises basées à Taïwan, comme avec des collectionneurs de Pékin. En quelques années, il a réussi à développer en Chine une réputation impeccable.

Je ne vends jamais de faux. Je ne crée pas d’histoire quand il n’y en a pas, je suis très carré, c’est mon côté avocat. Je connais bien l’histoire et la mentalité de la Chine. Quand j’ai découvert la Chine, je n’ai plus eu de doutes : c’était là-bas que je voulais travailler. Les chinois sont très francs dans le business, l’argent est un sujet facile, il n’y a pas de tabou. La difficulté dans la négociation est d’être très diplomate, et de comprendre ce qu’ils veulent dire, y compris dans ce qu’ils ne disent pas.

Cet automne, Louis Mangin a vendu une paire de timbres rares, dits « renversés » (centre du timbre imprimé à l’envers). « Ce sont des timbres qui appartiennent à un collectionneur Täiwanais très connu, Mr Fang. Il a une collection spécialisée sur les émissions de timbres du Docteur Sun Yat-Sen, le fondateur du Kouo-Min-Tang, le parti de Tchang Kaï-Chek. En philatélie, les centres renversés sont populaires et très spectaculaires. Le timbre le plus connu au monde est américain. Il s’appelle « the inverted geny », c’est un avion dont le centre est renversé. Il vaut pièce, entre 500 000 et 1 million de dollars américains, suivant sa qualité. En octobre 2012, j’ai vendu à Hong-Kong une paire de timbres renversés de la série Sun Yat-Sen pour 710 000 dollars américains. Les communistes brulaient les livres, le mobilier mais aussi les timbres. Ils ont détruit presque tout le patrimoine et cela a créé de la rareté. Aujourd’hui, les chinois rachètent leur histoire. »

Louis Mangin, spécialiste de philatélie chinoise. Photo E.Pardo.

Louis Mangin, spécialiste de philatélie chinoise. Photo E.Pardo.

Quand il vend des lettres timbrées, Louis Mangin regarde toujours le contenu de la lettre. « Au début du 20è siècle, les gens n’avaient ni internet ni téléphones, donc ils racontaient toute leur vie dans les lettres… Ca m’intéresse en tant qu’historien. Je me souviens par exemple, d’une lettre d’un missionnaire français catholique en poste en Chine en 1913, il racontait tout sur 4 pages : la peste, les inondations, on peut répertorier des évènements historiques qu’on n’aurait pas forcément vus ailleurs ».

En philatélie, Louis Mangin est le seul opérateur européen à faire du business en Chine. Basé en Suisse avec des bureaux à Genève et à Hong-Kong, il pas de compétiteurs sur son créneau. « Je source énormément de choses en Europe, l’Europe est un vieux continent qui a beaucoup de vieilles collections. Mais la nouvelle Europe, c’est l’Asie-Pacifique. Dans mon domaine, je fais le pont entre les deux. Le pays qui fait la plus grosse croissance cette année dans la région du sud-est, c’est le Laos avec 8,3% cette année (contre 7,4% en Chine). On ne se rend pas compte de ce qui se passe là-bas. C’est gigantesque, il n’y a pas que la Chine qui émerge, mais aussi le Vietnam avec 80 millions d’habitants, l’Indonésie avec ses 240 millions d’habitants, c’est quasiment la taille de l’union européenne. Ce sont de gros marchés qui vont devenir importants y compris dans mon domaine, car ce sont des pays qui s’enrichissent avec une population importante. »

Après les timbres, Louis Mangin commence à vendre des pièces de monnaie et des billets de banque chinois. En 2012, Zurich Asia aura fait plus de 6 millions de dollars (US) de chiffre d’affaires et emploie 4 personnes à Hong-Kong. Désormais, il regarde les pays voisins : l’Indonésie, le Vietnam et le Laos.

Après 20 ans de journalisme dans les médias traditionnels, je m'offre un espace de liberté sur ce blog. J'ai la chance de rencontrer des patrons et créateurs d’entreprises autour de moi à Genève. Je partage ici ces rencontres.

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